Salut, Rodolphe !

On dit partout qu’on a perdu un scénariste, et c’est vrai. Mais Rodolphe c’était plus que ça.

C’est hier soir, en regardant distraitement les réseaux sociaux, que j’ai appris la mort de Rodolphe.

Rodolphe, c’est, dit-on, plus de 300 albums de BD, réalisés avec de très grands dessinateurs, grands soit par leur talent, soit par leur renommée, soit – ça arrive – par les deux.

Mais c’était aussi un passionné de rock n’roll, collectionneur de vinyles (il en avait tapissé les murs de sa maison), et de whisky single malt (et il n’en buvait que du très bon).

C’était un mec qui à plus de 70 ans pouvait finir une soirée dans son grenier à allumer les guitares électriques avec plusieurs grammes dans le sang et trouver ça normal.

C’était un mec qui t’accueillait chez lui à bras ouverts, et te racontait son extraordinaire expérience.

C’était un mec qui ne faisait vraiment connaissance avec un éditeur, au salon du livre de Paris, cheveux longs et gabardine, bagouses à tous les doigts, qu’en échangeant des photos de guitares.

C’était un auteur qui a signé d’excellents romans, à commencer par ses Raffini, et qui a souffert toute sa vie du snobisme de l’édition qui le cantonnait dans les rangs des "faiseurs de petits mickeys".

Je me souviens de lui, avec Max Genève, disparu lui aussi, qui présentait ses polars dans la salle d’assises du tribunal de Strasbourg, hilare.

Il était généreux, drôle et bourré de talent. C’était un de ces types qui rendent le monde moins laid, et même souvent plutôt agréable à vivre.

On a fait 4 romans ensemble. Je me souviens surtout de La Lune verte, un petit texte mi-onirique mi-grinçant, une histoire de pirates qui lui va comme un gant. Et je ne résiste pas au plaisir de vous proposer d’entendre à nouveau, ci-dessous, l’émission que j’avais consacrée à ce roman sur RCF Alsace.

Je pense à Dominique, sa femme, qui se retrouve toute seule au milieu de ses livres et de ses originaux devant son juke box et son bar à whiskies. Quand il m’a raccompagné, le 21 avril dernier, après une belle soirée chez lui, il avait une dignité de seigneur avec sa canne et son chapeau, même s’il faisait sans doute pas mal ses 78 ans…

Je voudrais lui dire merci ! Merci Rodolphe. On ne le fera finalement pas ensemble, ce nouveau Raffini. Mais je conserve avec tendresse les moments formidables que je te dois.